ANT 6503

Questions autour de la notion de ‘culture’ en anthropologie
 
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DESCRIPTION OFFICIELLE DU COURS

Analyse historique et critique approfondie des apports et limites de la notion de « culture » en anthropologie autour de laquelle se concentrent les enjeux majeurs de la discipline : transformations identitaires (dé)colonisation, bouleversements socio-économiques et migrations, dynamiques mondiales et problématiques du pluralisme, du multiculturalisme et de l'interculturalisme.

 

  

GENERAL COURSE OBJECTIVES

 

Permettre aux étudiant.e.s de s’engager pleinement dans les récentes discussions anthropologiques autour de la notion de culture. Une notion à la fois historiquement centrale et actuellement problématique pour la discipline en particulier et les sciences sociales en général.

En effet, si la notion même de «culture» laisse sceptiques bon nombre d’anthropologues, c'est peut-être parce que la réalité à laquelle cette notion entend renvoyer est en soi problématique. Culture de la performance, cultures autochtones, cultures bactériennes, culture du silence, du mensonge et de la corruption ou encore culture générale, voire même culture au singulier, comme dans « LA culture », comment se fait-il qu’un seul et même mot puisse caractériser à la fois un état et une action, un groupe d’individus et les gestes qui les relient, comment cette seule et même notion peut-elle se faire à la fois verbe (cultiver) et objet (culture), situation (cultivé) et promesse (cultivable) ? Comment une seule et même notion peut-elle relever, dans le champ des sciences sociales à tout le moins, à la fois d’une forme d’objectivation (la culture de cannabis) et à une forme de subjectivation (la culture du cannabis et ses usages récréatifs, par exemple) ?

 

En réalité, les définitions du terme ‘culture’ sont multiples et varient d’une époque à l’autre, d’un usage sémantique à une préférence académique, passant ainsi du simple partage systématique de traits ou de gestes (par exemple, l’habitude que nous avons de passer des heures devant de petits écrans) à des agencements plus ou moins complexes de pratiques anthropiques (l’émergence de mondes numériques et des vies humaines tout entières qui s’y enchevêtrent et s’y transforment désormais). Tout cela rend, en fin de compte, le concept de culture hautement problématique et donc, intéressant à problématiser. Non seulement en termes de sémiologie (un mot pour plusieurs sens et de multiples réalités qui continuent d’échapper à de simples descriptions), mais aussi de performativité (on parle ici d’humains qui fabriquent de la culture et de cultures qui, en retour, façonnent des groupes humains - poule ou oeuf?). Dès lors, nous nous demanderons comment envisager, dans une perspective anthropologique, cet aller-retour (entre objet et sujet, fabriquant et façonné, émetteur ou récepteur) ?

 

Navigants depuis les classiques (Tylor, Boas, Mauss, Lévi-Strauss) jusqu’aux approches les plus récentes, nous problématiserons les limites intrinsèques à la question des arrangements sociaux (Lock & Nguyen, Lock & Faquhar), les rendant alors multiples (Geertz, Ortner, Leslie), expérimentaux (Fischer) ou bien encore explosifs - en particulier dans l’opposition ontologique de la notion de culture à celle de nature (Descola, Ingold, Mol, Viveiros de Castro).  Nos discussions s'appuieront sur des études de cas à fort potentiel d’estrangement et que nous emprunterons alors à la culture tissulaire (notamment d’une biologie synthétique DIY), au jardinage bouddhiste zen ou encore à la fabrication américaine et artisanale de fromage fermier. Ceci, afin de mieux saisir certaines des implications (méthodologiques, théoriques et empiriques) liées à l’usage (et à l’usure) de la notion de culture dans la recherche contemporaine en sciences sociales et humaines.