

Résumé
Entre ventriloquisme et divination, dévotion et consécration, se joue chaque jour, au fil des marées et des saisons, un jeu marin étrange et sublime : des souffles vivants partagés dans les eaux du grand fleuve. À Tadoussac, sur la rive nord de l’estuaire du Saint-Laurent, à l’embouchure du Saguenay, résonne depuis longtemps la rumeur des baleines. Ici se croisent de multiples écologies : celles, millénaires, des cétacés, du vent et des bancs; celles, centenaires, des pêcheurs autochtones (Innus, Wolastoqiyik), des chasseurs basques, des navigateurs français et des colonies européennes; celles, plus récentes, des cargos et vraquiers qui arpentent la colonne vertébrale du commerce nord-américain; et celles, internationales et touristiques, de qui vient « voir » les baleines. À ces écologies s’ajoutent les rapports bureaucratiques et administratifs (municipaux, provinciaux, fédéraux) qui légifèrent sans relâche (on agrandit, cette année, le parc marin), réglementent, encadrent, soutiennent ou encore dissuadent une autre écologie, tout aussi complexe, d’usages, d’intérêts et d’agendas politiques en prise avec l’estuaire et avec tout ce(ux) qui y bouge.
Abstract
Between ventriloquism and divination, devotion and consecration, an old and sublime marine game unfolds each day, with living breaths shared in the waters of the great river. In Tadoussac, on the north shore of the St. Lawrence Estuary, at the mouth of the Saguenay, the rumor of whales has long resonated. Here, multiple ecologies intersect: the millennia-old ones of cetaceans, wind, and shoals; the centuries-old ones of Indigenous fishers (Innu, Wolastoqiyik), Basque whalers, French navigators, and European settler colonies; the more recent ones of cargo ships and bulk carriers that ply the maritime spine of North American commerce; and the international tourist ecologies of those who come to “see” whales. To these, add the bureaucratic and administrative relations (municipal, provincial, federal) that legislate without respite—this year the marine park is expanding—regulating, framing, supporting, or discouraging another ecology, just as complex, of uses, interests, and political agendas entangled with the estuary and with every-body that moves within it.













