• Mathilde Schopfel

Travail Final : Les étudiants internationaux (Podcast)

Pour télécharger le balado, vous pouvez suivre ce lien : https://we.tl/t-rOry2oYrqJ (actif jusqu’au 20 décembre 2020) ou me contacter.


Introduction


Dans le cadre du cours d’anthropologie Capitalisme et Ethnographie de la Mondialisation, j’ai décidé d’étudier la problématique des étudiants internationaux, plus précisément des français ayant décidé d’immigrer au Canada afin de poursuivre leurs études au postsecondaire. Ce sujet, comme j’ai pu l’expliquer au cours de la session, est tout d’abord un questionnement et une réflexion personnelle, ayant moi-même migré de la France il y a de ça bientôt quatre ans. Ce loci est également un moyen d’observer de manière tangible et vivante le phénomène de la mondialisation et du capitalisme, à travers le flux migratoire étudiants, la “fuite des cerveaux”, l’universalisation de la main d’oeuvre et de la culture, le soft power canadien ainsi que la dissolution des frontières nationales.

Dans ce document, le travail narratif ethnographique final rendu sous forme de balado conversationnel avec trois français étudiant ou ayant étudié au Canada. Je reviendrais également sur les étapes de la confection de ce projet et ce que celui-ci a apporté comme réflexion.


Travail final - Podcast


Pour le projet final de ce cours, je me suis entretenue avec trois étudiants français ayant étudié en Ontario et au Québec. Alors qu’initialement je pensais que les conversations que nous aurions tourneraient davantage autour de la question de la culture, du choc culturel et de l’adaptation culturelle, je me suis rendue compte que mon loci évoluait de nouveau. En effet, Stanislas (bordelais), Zoé (lilloise) et Anna (lilloise) ont proposé des réflexions sur leur(s) identité(s) française, européenne, canadienne et migratoire. Dans leurs propres mots, ils expliquaient le poids que le capitalisme a eu sur leur migration vers le Canada, vue “terre d'opportunités", le poids que les enjeux financiers de la réussite et du succès avaient sur leurs parcours, le privilège et la précarité d’étudier en Amérique du Nord, la rupture des frontières territoriales, ainsi que le communautarisme comme refuge culturel.

Il me paraît très intéressant de noter la richesse de ces conversations. Je pensais que ces entrevues ne dureraient que quinze minutes. Cependant, elles ont duré en moyenne une heure et demie chacune. Au lieu de remplir les silences de questions, je laissais mes collaborateurs réfléchir aux mots et aux questions initiateurs de conversations. À certains moments, je me taisais pendant une ou deux minutes afin de laisser aux étudiants le temps de questionner leurs propres compréhension de leurs expériences.

Les entrevues sont entrecoupées par des extraits de la chanson “L’amérique” par le chanteur et compositeur français Joe Dassin, dont les paroles narrent la volonté de s’aventurer en Amérique pour poursuivre le rêve américain.

Ainsi, ce projet final, qui devait initialement se présenter sous forme de documentaire d’une vingtaine de minutes, s’est transformé en un podcast, un balado d’une heure et douze minutes.


Évolution du projet et (Bri)collage


Tout d’abord, il paraît important d’expliquer certains concepts intrinsèques à mon loci. Un premier élément très important dans ma recherche est le flux, plus précisément le flux migratoire. Le dessin introduisant ce loci, mettait en effet l’emphase sur cette question de mouvement et migration. Ce mouvement est celui d’un capital humain formé par des étudiants attirés par les universités canadiennes réputées, et par les opportunités du mode de vie canadien. Alors que Clément et al. écrivaient en 2019 “Les migrations sont une condition de l’existence”, les élèves que j’ai interrogés lors de cette ethnographie m’expliquaient dans leurs mots qu’ils voulaient quitter la France, qu’ils devaient quelque part quitter ce pays “pour trouver meilleur” (Zoé). La migration pour l’éducation et une perspective d’employabilité, devient donc, pour une génération de français de classe moyenne ou supérieure, un privilège mais également une nécessité.





Le deuxième élément qui me semble important à présenter est l’économie de marché de l’éducation. Alors que deux des trois étudiants ont été recrutés dans leur école secondaire, le troisième, Stanislas, nous explique qu’il a immigré pour la réputation de son université, McGill à Montréal. De plus, pour ces étudiants, le capitalisme va plus loin. Dans leurs propres mots, sans se douter que cela rappelait l’article de Massumi, “Réévaluer la valeur pour sortir du capitalisme”, 2018, le capitalisme met une valeur sur l’étudiant, comme bien acquis par le Canada, comme main d'œuvre. Zoé vient même à expliquer que pour elle, le capitalisme vient à s'immiscer dans notre façon de penser notre propre valeur, à quantifier notre réussite et notre succès, en tant qu’immigrant. Enfin, Anna nous révèle que pour elle, l’étudiant international ne peut se défaire du capitalisme, quand bien même cet étudiant se considère comme “anti-capitaliste”.


Un troisième élément que je tiens à souligner est l'argument de Stanislas sur la délimitation de frontières. Pour lui, les frontières nationales et territoriales se dissoudent, de même que les limites entre ses diverses identités culturelles se mélangent. Bien qu’il se considère d’avantage français et européen lorsqu’il est à l’étranger, il m’explique que pour lui, l'universalisation culturelle à travers le capitalisme et la mondialisation, le fait s’émanciper d’un carcan identitaire français. L’identité pour ces étudiants est muable et multiple, voire séparée de tout rattachement nationale ou territoriale. Ceci me rappelle très fortement ce que l’on a vu en classe, lorsque nous explorions la problématique de l’espace à l’ère moderne. L’espace n’est pas délimité par une géographie, il est muable et libre de la notion de territoire matériel.



Le choc culturel,

C’est avoir la tête coincée dans une bulle de savon.

Brouillant la compréhension

Du monde extérieur.


(Poème écrit en octobre 2017, en plein choc culturel)


Cela va faire une année que je n’y ai pas mis les pieds,

Ce chez moi, celui d’où je viens.

Alors que je suis en train de téléphoner,

Comme chaque dimanche matin,

Ma mère me répète : « On ne dit pas ‘appliquer’, on dit ‘candidater’ ».

Depuis quelques mois déjà,

Ou un an, je ne sais pas,

Ma langue éponge des mots qui ne coïncident pas.

« Présentement », « live », « eh »,

Que ce soit en français ou en anglais,

Je semble m’éloigner de qui j’étais pour être ce que je suis :

Une française à Ottawa, cette incongrue alchimie.



Paradoxalement, Zoé, Stanislas et Anna m’expliquaient que quelque part, ils trouvent un refuge dans un certain communautarisme culturel, que la communauté française leur permettait une vulnérabilité, une passivité et un repos face à une intégration (culturelle, économique et sociale) qui par bien des égards est énergivore, proactive et productive.


paysage-sonore
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