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Capitalisme, filiation et souvenir

Dernière mise à jour : 9 oct. 2020

Mon court-métrage consiste en une combinaison d’images de végétaux qui m’environnent en ville et de manifestations d’habitation capitaliste de l’espace. Ainsi, pour moi, cette nature urbaine exerce à la fois un rôle écologique et un rôle de gardien du souvenir, puisqu’il rappelle ce qu’a été l’espace gatinois avant d’être enseveli par le béton. Les images de plantes qui croissent au travers du trottoir mettent d’ailleurs en relief la persistance d’une partie de la végétation à croître malgré le béton et l’asphalte qui l’entourent. La symbolique m’apparaît particulièrement forte.

Ma grand-mère, Jeannine Hubert, est omniprésente dans le court-métrage, par la chanson présentée, le Temps des cerises. En effet, cette chanson m’a été apprise par cette dernière, et compose un souvenir du passé, dans une réalité modelée autrement par le capitalisme. Même si l’espace dans lequel nous vivons s’est transformé de façon magistrale depuis son enfance, et depuis la mienne aussi d’ailleurs, cette chanson reste chargée de ses souvenirs, puis des miens par extension. Mon aïeule m’a toujours dit que cette chanson parlait de la Deuxième Guerre mondiale qu’elle évoquait avec ses souvenirs flous de l’enfance, puisqu’elle avait trois ans lorsque cette guerre s’est déclarée et qu’elle en avait huit lorsqu’elle s’est terminée. Si à la base, lorsqu’elle est composée la chanson ne traite nullement d’un conflit armé, les paroles évocatrices du champ lexical du conflit (« craindre », « cruelle », « sang », etc.) chargent les paroles d’une signification nouvelle et souvent guerrière selon le contexte où elle est réinventée (Scemama, 2015). Pourrait-on parler d’un recodage? Il s’agit d’un héritage personnel et culturel, du moins, puisqu’après les dîners de famille, lorsque l’on évoque le passé, invariablement, cette chanson accompagne les anecdotes d’un temps ancien, où le capitalisme était un dénominateur moins commun.

Le court-métrage passe du sursaturé au noir et blanc, pendant son déroulement. Je désirais illustrer la perte de la pluralité des fonctionnements économiques et l’émergence d’une presque unité mondiale sur le sujet du capitalisme. Mon aïeule marque pour moi un temps à la connaissance expérientielle accessible par procuration, et elle a vécu également la guerre froide et, pour elle, le capitalisme était présenté comme une évidence, mais aussi comme une idéologie conquérante. Or, aujourd’hui, la variété s’estompe, et, si quelques nuances persistent, elles demeurent tout de même des nuances de la même couleur, notamment sur le plan de la modification de l’environnement (Elie, 2017). Différentes formes de capitalismes créent différentes affectations de l’environnement, toutefois, l’on retrouve diverses variations de béton et de végétaux dont la variété décroît année après année.

Les images de mon film s’accélèrent au cours de son déroulement. Je désirais présenter l’accélération du quotidien par le capitalisme et les technologies que celui-ci a induites. Toujours avec mon aïeule comme point central de la réflexion, je constate une accélération notamment des communications qui la déstabilisent dans son quotidien. Ma grand-mère constate et critique d’ailleurs souvent cette accélération. Elle déplore, comme Rosa que « nous soyons si efficaces pour gagner du temps, grâce à la technologie sous toutes ses formes (jusqu’au four à micro-ondes et au sèche-cheveux), sans que nous en ayons pour autant. » (Rosa, 2016, paragr. 2) En effet, pour elle, les moments qui valent la peine d’être vécus s’apprécient à la lenteur de leur déroulement : le vol d’un oiseau, la naissance de chiots, le rétablissement d’une articulation cassée. Toutes ces machines portent des avantages, mais, pour elle, ne peuvent remplacer le vécu du quotidien au rythme où elle l’a vécu. Avec ce procédé filmographique, j’ai tenté de donner voix à son reproche.




Sources

Articles de périodique


ELIE, Luc. (2017) « Diversité des capitalismes et dispositifs institutionnels environnementaux ». Revue de la régulation. Capitalisme, institutions, pouvoirs no 22.


ROSA, Hartmut, and Jean VETTRAINO. (2016) « La logique d’accélération s'empare de notre esprit et de notre corps ». Revue Projet vol. 6 p. 6-16.

Articles de journaux


SCEMAMA, Corinne. (2015) « On aimera toujours "Le temps des cerises" », L'Express, [En ligne] [https://www.lexpress.fr/actualite/societe/1871-on-aimera-toujours-le-temps-des-cerises_1748336.html] (Consulté le 8 octobre 2020)


Chanson


CLÉMENT, Jean-Baptiste, et RENARD, Antoine. (1866) « Le temps des cerises », [Chanson].


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